Il y a quelques jours, j’ai écrit ce post sur LinkedIn :
Est-ce que ma vie vaut plus que 11€ ?
Vous avez dû voir passer l’info un peu partout depuis quelques jours.
Le décret n° 2024-1074 du 27 novembre 2024 interdit l’utilisation de feux arrière clignotants sur les vélos, la nuit ou en conditions de visibilité insuffisante.
Ce non-respect des obligations d’éclairage pour les cyclistes est passible d’une amende forfaitaire de 11 €.
En roulant environ 700 heures par an, je passe 2h par jour sur nos routes.
Et ce, depuis 10 ans.
Avec en moyenne un véhicule qui me double toutes les 2 minutes (d’après mon Varia), c’est environ 21 000 véhicules qui me dépassent chaque année.
Je ne m’intéresse que très peu (voire pas du tout) au monde politique et je n’ai ni l’expertise, ni les diplômes de notre ancien premier ministre.
Mais j’ai l’expérience terrain.
Et en 10 ans, j’ai eu le temps d’essayer de nombreux systèmes pour me rendre plus visible sur nos routes.
Et clairement, une lumière rouge clignotante avec accéléromètre est bien le dispositif qui me procure le plus de sécurité.
Alors je continuerai d’opter pour un tel système, que ce soit de jour ou de nuit.
Que l’amende soit de 11€ ou de 200€.
Il est plus désirable de cultiver le respect du bien que le respect de la loi.
Ce post a suscité un véritable raz-de-marée de commentaires : soutien massif, critiques constructives, mais aussi quelques désaccords tranchés et même des « attaques » personnelles.
Merci à toutes et tous pour vos réactions, car elles m’ont permis d’approfondir ma réflexion sur ce sujet complexe.
Dans cet article, je vais tenter de répondre aux points soulevés, apporter des nuances et expliquer pourquoi ce débat va bien au-delà d’une simple réglementation.
Le contexte du décret : une mesure qui interpelle
Ce post, je l’ai écrit à chaud comme 99% de mes contenus. Ça a l’avantage d’être bien souvent brut et sans filtre. Mais ça peut aussi avoir quelques inconvénients avec parfois des avis qui peuvent manquer de nuance.
Mais si j’écris à chaud, c’est aussi et surtout car je suis un cycliste de tous les jours, confronté en permanence aux problématiques que l’on observe.
Pour rappel, le décret dispose qu’un feu arrière fixe est désormais obligatoire, et que tout feu arrière clignotant ne peut se substituer à ce dispositif. Officiellement, l’objectif est d’améliorer la sécurité en garantissant une visibilité continue pour les autres usagers, notamment les automobilistes. Mais cette mesure soulève plusieurs questions.
Si je suis le premier à prôner la sécurité des cyclistes, cette interdiction m’a paru, au départ, incompréhensible. En tant que cycliste, parcourant plus de 15 000 kilomètres par an, j’ai testé de nombreux dispositifs, et je considère que les feux clignotants sont parmi les plus efficaces pour attirer l’attention des automobilistes, notamment sur routes secondaires ou même en ville.
Mon test terrain ne vaut peut-être pas grand-chose, mais il a autant de valeur, je pense, que celui mené par nos politiques.
À titre personnel, j’ai constaté que le comportement des automobilistes est bien différent quand ma lumière arrière clignote (ou changement d’intensité) versus quand elle reste fixe.
La principale différence est dans mon cas la distance avec laquelle les automobilistes me dépassent. Le 1,5m (hors agglo) est bien plus respecté quand ma lumière clignote.
C’est d’ailleurs le point de vue partagé par de nombreux cyclistes qui ont commenté mon post.
Les arguments pour et contre les feux clignotants
Vos commentaires ont mis en lumière des perspectives variées, et je vais tenter de les résumer ici.
Les avantages des feux clignotants pour nous cyclistes, mais aussi automobilistes
- Une visibilité accrue : le clignotement attire naturellement l’attention, même dans des conditions difficiles comme la nuit ou la pluie. Ce point de vue est partagé par la plupart des cyclistes mais aussi par quelques automobilistes. D’ailleurs, nous avons l’habitude de cataloguer la personne en fonction du mode de transport qu’elle utilise à l’instant T. Mais n’oublions pas que la plupart des automobilistes sont aussi des cyclistes et vice versa.
- Une meilleure autonomie : les feux clignotants consomment moins d’énergie, ce qui prolonge leur durée d’utilisation lors de longues sorties. En mode clignotant, nos loupiotes permettent de tenir environ 2x plus ! Ça ne veut pas dire que l’usage du mode clignotant est bon ou mauvais, mais qu’il est aussi rattaché à un comportement… Celui d’augmenter au mieux l’autonomie de sa lampe… Pour être vu plus longtemps !
- Une différenciation claire : un feu clignotant permet de distinguer un vélo d’un véhicule motorisé, renforçant la vigilance des conducteurs. Notre œil est habitué jusqu’ici à lier lumière fixe = véhicule motorisé et lumière clignotante = vélo. À l’instar des croix vertes lumineuses qui signifient la présence d’une pharmacie, un feu qui clignote sur un véhicule en action est bien souvent synonyme de la présence d’un cycliste.
Les inconvénients évoqués par les automobilistes... Mais aussi par quelques cyclistes !
- Le confort visuel des automobilistes : certains usagers de la route jugent les feux clignotants distrayants, voire éblouissants, surtout lorsqu’ils sont mal calibrés. C’est vrai ! C’est d’ailleurs pour cette raison que les éclairages avant clignotants étaient déjà interdits. Concernant les feux arrière, la plupart du temps ils sont moins puissants et le mode clignotant moins « stroboscopique » qu’un feu blanc avant.
- La difficulté d’évaluer la distance : contrairement à un feu fixe, un clignotant peut perturber l’estimation de la vitesse ou de la position d’un cycliste.
- Des risques pour les personnes sensibles : certaines personnes (migraineux, épileptiques) peuvent être gênées par les signaux clignotants.
Une mesure, mais peu de données
L’un des principaux points soulevés dans les commentaires est le manque de données concrètes pour justifier cette réglementation. Pourquoi être contre ce décret, alors que dans de nombreux pays comme l’Allemagne ou les Pays-Bas, cette interdiction semble bien acceptée ?
Ces pays, pourtant champions de la culture cyclable, imposent depuis longtemps des feux fixes sans que cela ne pose problème.
Cependant, le contexte français est différent : ici, les infrastructures cyclables restent insuffisantes, et le sentiment d’insécurité est omniprésent. Dans ces conditions, il est logique que beaucoup de cyclistes cherchent à maximiser leur visibilité, quitte à aller à l’encontre de cette nouvelle règle.
De mon côté, j’ai réussi à trouver une étude qui, après avoir testé différents protocoles de visibilité, rend pour verdict : les lumières arrière clignotantes (fixes ou réactives) améliorent la perception des cyclistes par les conducteurs, notamment en rendant les estimations de distance plus précises. Il faudrait toutefois consolider cette thèse avec d’autres études complémentaires.
Une réflexion plus large sur la sécurité routière
Ce décret met en lumière (Haha 😜) une tension récurrente : celle de la cohabitation entre cyclistes et automobilistes. Derrière cette mesure se cache un défi bien plus grand : comment garantir une sécurité partagée sur des routes majoritairement pensées pour les voitures ?
Les feux clignotants peuvent être perçus comme une gêne ou un danger visuel. Mais qu’en est-il des phares LED mal réglés, des feux anti-brouillards inutiles ou encore des pleins phares en zones urbaines ?
Si le confort visuel des automobilistes est une priorité, il ne doit pas se faire au détriment de la sécurité des usagers les plus vulnérables.
Nous sommes nombreux à ressentir un manque de reconnaissance et de considération dans les politiques publiques. Le sentiment que des décisions sont prises sans consultation réelle alimente une défiance grandissante.
Mais en tant qu’usagers responsables, nous devons aussi faire preuve de discernement dans nos choix d’équipements pour ne pas nuire à la sécurité des autres usagers.
Comment concilier sécurité et réglementation ?
Face à ce débat, voici quelques pistes pour avancer de manière constructive :
- Mieux encadrer les dispositifs lumineux : plutôt que d’interdire les feux clignotants, pourquoi ne pas imposer des normes de puissance et de fréquence pour éviter l’éblouissement ? Pourquoi ne pas différencier une utilisation urbaine et un usage sur de petites routes de campagne ?
- Encourager les équipements combinés : coupler un feu fixe obligatoire à un feu clignotant pourrait répondre aux besoins des cyclistes tout en respectant la réglementation.
- Améliorer les infrastructures : la meilleure façon de garantir la sécurité des cyclistes reste de leur offrir des pistes cyclables sécurisées et continues, loin du trafic motorisé.
- Sensibiliser les usagers : une campagne de communication autour des bonnes pratiques lumineuses (pour cyclistes comme pour automobilistes) permettrait de renforcer la compréhension mutuelle sur la route.
Et si on trouvait un juste milieu ?
Je maintiens que la sécurité des cyclistes doit primer sur tout le reste. Mais après avoir lu vos retours, je reconnais que ce débat nécessite plus de nuance. Nous devons être capables de réfléchir ensemble, cyclistes, automobilistes et décideurs, à des solutions qui allient bon sens, efficacité et sécurité pour tous.
À titre personnel, je continuerai d’utiliser des équipements qui me permettent d’être bien vu, tout en restant attentif à leur impact sur les autres usagers. Car, au fond, la sécurité sur la route ne se résume pas à un décret : elle repose sur notre capacité à coexister et à nous respecter mutuellement.
Merci encore pour vos contributions à ce débat essentiel.


